Carrefour a annoncé ce lundi 19 octobre avoir signé un accord avec le groupe belge Colruyt pour lui racheter Codifrance, sur la base d’une valeur d’entreprise de 152 millions d’euros, selon le communiqué du distributeur repris par l’Agefi. Le nom est peu connu du grand public, mais l’entreprise approvisionne environ 3 100 commerces en France, dont les supérettes Coccinelle et CocciMarket.
Codifrance, un grossiste plus qu’une enseigne
Codifrance emploie près de 380 salariés, exploite trois centres de distribution et a réalisé 307 millions d’euros de chiffre d’affaires sur son dernier exercice (2025-2026). Son métier est l’affiliation : la société fournit les marchandises et accompagne des commerçants qui restent juridiquement indépendants. Selon RMC, plus de 800 de ces points de vente portent une enseigne du réseau (Coccinelle, CocciMarket, Panier Sympa, Viveco), les autres étant des épiceries sans enseigne, souvent installées en centre-ville, en zone rurale ou touristique.
Pour Carrefour, l’opération renforce un format sur lequel il est déjà très présent. Le groupe accompagne des indépendants via son enseigne Proxi, qui compte plus de 1 500 magasins, et compte près de 5 000 points de vente de proximité en France au total, d’après RMC. Son PDG Alexandre Bompard présente Codifrance comme une entreprise « extrêmement complémentaire de Carrefour Proximité », selon Idéal Investisseur, et inscrit le rachat dans son plan stratégique Carrefour 2030.
Votre Coccinelle va-t-il devenir un Carrefour ?
Pas automatiquement. Les magasins affiliés étant indépendants, chaque commerçant restera libre de passer ou non sous une enseigne Carrefour (City, Express, Contact…). Un réseau plus gros pèse davantage dans les négociations avec les fournisseurs, ce qui peut se traduire par des prix d’achat plus bas ; en contrepartie, une franchise de grand groupe laisse souvent moins de liberté commerciale. Pour les clients, rien ne change à court terme : l’opération doit encore obtenir l’autorisation de l’Autorité de la concurrence, et Carrefour vise une finalisation au premier semestre 2027.
La dernière étape du départ de Colruyt
Ce rachat referme le chapitre français de Colruyt. Le distributeur belge, implanté dans le quart nord-est depuis 1998, a cédé 100 de ses 105 supermarchés français, dont 81 à Intermarché, les autres à Leclerc, Carrefour et Super U. En janvier, il avait annoncé la suppression de plus de 700 emplois, dont environ 600 autour de Dole (Jura), où se trouvaient son siège et ses sites logistiques, selon Sud Ouest. Si la vente de Codifrance se concrétise, le groupe n’aura plus d’activité de distribution en France.
Une grande distribution en pleine recomposition
L’annonce intervient dans un secteur sous tension : le 8 octobre, Carrefour a cédé les murs de 35 de ses magasins à une coentreprise formée par Atrato et le fonds GIC, pour environ 290 millions d’euros, tout en restant locataire. Les enseignes de petits prix souffrent, comme le montre la cessation de paiements de Gifi, et les commerces de centre-ville sortent d’un week-end de pillages (voir notre point sur les 2 000 commerces touchés). Dans ce contexte, la proximité reste l’un des rares formats en croissance que les grands groupes se disputent.
Sources : communiqué de Carrefour (via l’Agefi et ABC Bourse), Idéal Investisseur, RMC Conso, Sud Ouest.
