Ce matin, ouelen.com détaillait la journée marathon de l’exécutif, puis, en début d’après-midi, la règle fixée par Emmanuel Macron pour les manifestations du 24 octobre : seuls les cortèges syndicaux seront autorisés. Les rendez-vous de l’après-midi à Matignon sont désormais terminés. Ils n’ont débouché sur aucune annonce nouvelle, mais plusieurs décisions sont tombées en parallèle, dans les préfectures et au tribunal.
Qu’est-il sorti de la réunion des partis à Matignon ?
Sébastien Lecornu avait présenté d’emblée la rencontre comme une réunion technique consacrée au maintien de l’ordre. Pour la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, il s’agissait de rappeler la doctrine de l’État avant samedi. Les oppositions en sont sorties mécontentes, de gauche à droite, selon les comptes rendus de franceinfo et BFMTV :
- LFI : Manuel Bompard dit être parti avant la fin, reprochant au Premier ministre d’avoir fait perdre du temps au pays en refusant de parler des revendications sociales.
- Écologistes : Marine Tondelier se dit plus inquiète encore à la sortie qu’à l’entrée.
- PS-Place publique : Raphaël Glucksmann affirme ne pas avoir obtenu de réponse claire sur les failles de sécurité du 17 octobre ; il dit avoir proposé des mesures de sortie de crise, comme l’abrogation de Parcoursup ou l’annulation des suppressions de postes dans l’Éducation nationale.
- LR : Bruno Retailleau critique de nouveau le refus de déclarer l’état d’urgence et dénonce la présence d’élus LFI autour de la table.
- RN : la sénatrice Edwige Diaz accuse le gouvernement de minimiser sa responsabilité, mais dit avoir reçu l’assurance que le congrès du parti à Orléans se tiendra dans de bonnes conditions.
Qu’ont obtenu les maires de Paris, Lyon et Marseille ?
Reçus ensuite à Matignon, les maires des trois plus grandes villes ont surtout demandé à être mieux associés à la préparation des manifestations, dont la gestion revient aux préfets. Le maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, a jugé que les premières orientations permettaient de recréer « un cadre de travail plus satisfaisant entre les villes et l’État », selon franceinfo, tout en estimant que la sortie de crise devait d’abord être politique. Il ouvre ce jeudi soir l’hôtel de ville à plus de 600 personnes pour un temps d’échange d’environ une heure et demie.
Pourquoi le tribunal a-t-il suspendu une interdiction à Paris ?
Saisi en urgence, le tribunal administratif de Paris a suspendu jeudi l’arrêté de la préfecture de police qui interdisait le cortège de l’Interfac Île-de-France, collectif d’assemblées générales étudiantes, entre la Pitié-Salpêtrière et Bastille. Le rassemblement a eu lieu, mais la préfecture, tout en prenant acte de la décision, a interdit aux participants de défiler : ils sont restés statiques.
Ce revers éclaire le débat juridique ouvert par la doctrine présidentielle. En droit français, une manifestation n’est pas soumise à autorisation : elle est déclarée en mairie ou en préfecture, entre trois et quinze jours francs à l’avance (article L211-2 du Code de la sécurité intérieure). Le préfet peut l’interdire en cas de risque grave pour l’ordre public, et cette interdiction peut être contestée en référé-liberté. Interrogés par franceinfo, les professeurs de droit Paul Cassia (Paris 1) et Serge Slama (Grenoble Alpes) estiment que réserver les cortèges aux syndicats est contraire à ces principes. Un conseiller de l’exécutif répond que le président n’outrepasse pas ses prérogatives, puisque ce sont bien les préfets qui décident, au cas par cas.
Où sera-t-il interdit de manifester samedi ?
- Bouches-du-Rhône : toutes les manifestations interdites, y compris sur d’autres sujets que le pouvoir d’achat ; transports publics suspendus de samedi 5 heures à dimanche 5 heures dans l’agglomération marseillaise et vers les zones commerciales (Plan-de-Campagne, Vitrolles, Aubagne, Miramas) ; couvre-feu étendu aux majeurs, de 23 heures à 5 heures, dans des périmètres précisés vendredi.
- Lyon : toute manifestation interdite dans la ville.
- Paris : cortège CGT Bastille-Nation autorisé, parcours Bastille-Opéra interdit.
- Nice : centre-ville interdit ; Rouen et Le Havre : secteurs interdits de 9 heures à 20 heures ; Toulon : centre-ville interdit de 11 heures à minuit ; Metz : rassemblement de l’Unef interdit.
- Orléans : la manifestation contre le congrès du RN, portée par plus de 70 organisations, est autorisée, avec 20 000 à 30 000 personnes attendues selon le préfet ; une autre, prévue dimanche, est interdite.
Les forces de l’ordre seront 20 % plus nombreuses que le 17 octobre, renforcées par Sentinelle, le Raid, le GIGN, la BRI, des hélicoptères et des blindés, a indiqué le ministre délégué Jean-Didier Berger sur BFMTV. Côté justice, 217 personnes ont été incarcérées depuis samedi dernier sur environ 2 700 gardes à vue, selon le garde des Sceaux ; les personnes poursuivies restent présumées innocentes tant qu’elles n’ont pas été jugées. À Paris, le Louvre, Orsay, le musée Picasso et le Grand Palais seront fermés samedi, et Art Basel Paris s’arrête deux jours plus tôt que prévu.
Et maintenant ?
Un conseil de défense consacré à la situation sociale et sécuritaire se réunit vendredi à l’Élysée, veille de la mobilisation. Lundi, Sébastien Lecornu doit recevoir les organisations lycéennes et étudiantes. D’ici là, d’autres arrêtés préfectoraux sont attendus, et de nouveaux recours devant les tribunaux administratifs sont possibles.
Sources : franceinfo (réunion des partis), franceinfo (analyse juridique), franceinfo (interdictions), BFMTV, préfectures des Bouches-du-Rhône, du Rhône et de police de Paris, Code de la sécurité intérieure (article L211-2), ministère de la Culture.
