Quelques heures après les tirs qui ont endeuillé les Yvelines vendredi matin, l’enquête sur l’attaque de Trappes et de La Verrière a franchi plusieurs étapes. Le ministre de l’Intérieur a qualifié les faits de crime terroriste, le bilan a été revu à la hausse et les enquêteurs ont découvert que le domicile du suspect était piégé. Nous avions publié à la mi-journée le premier point sur la fusillade de Trappes et l’ouverture de l’enquête antiterroriste ; voici ce qui est nouveau.
Que dit Laurent Nuñez sur le caractère terroriste de l’attaque ?
Arrivé à la mairie de Trappes en début d’après-midi avec Aurore Bergé, ministre chargée de la Lutte contre les discriminations et députée des Yvelines, Laurent Nuñez a été sans ambiguïté. « C’est clairement un crime terroriste », a déclaré le ministre lors d’un point presse rapporté par franceinfo, en précisant que les investigations se poursuivaient. Il a décrit un parcours meurtrier d’environ un quart d’heure, le tireur passant d’un quartier à l’autre au volant de sa voiture, et a salué la rapidité de l’interpellation par les policiers de la brigade anticriminalité de Saint-Quentin-en-Yvelines.
Cette déclaration va dans le sens de la qualification retenue par le parquet national antiterroriste (Pnat) : assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante d’avoir visé des personnes en raison de leur origine ou de leur religion, vraie ou supposée, détention d’une arme de catégorie A et association de malfaiteurs terroriste.
Quel est le nouveau bilan ?
Le ministre a fait état d’un mort et de cinq blessés, contre quatre blessés annoncés en fin de matinée. Trois personnes sont dans un état grave et leur pronostic vital est engagé. Parmi elles figure une collégienne de 12 ans, touchée par huit balles selon le maire de La Verrière, Nicolas Dainville, qui a indiqué à l’AFP qu’elle avait été transférée à l’hôpital Necker, à Paris, et que son état s’était stabilisé. Par respect pour les victimes et leurs proches, nous ne donnons aucun élément permettant de les identifier.
Pourquoi la découverte de l’appartement piégé change-t-elle la lecture des faits ?
Lors de la perquisition du logement du suspect, les enquêteurs ont découvert que l’appartement était piégé avec plusieurs bouteilles de gaz, une information révélée par LCI-TF1 et confirmée par franceinfo, Le Figaro et Paris Match. Laurent Nuñez a refusé de la commenter. Un tel dispositif suggère une préparation en amont et pouvait viser les policiers chargés de la perquisition. Une source policière citée par France Télévisions indique par ailleurs que le suspect avait sur lui un pistolet-mitrailleur, des bombes lacrymogènes et des gants.
Ces éléments matériels pèsent dans la qualification d’association de malfaiteurs terroriste, qui suppose des actes préparatoires. Ils ne disent rien encore du parcours ni des motivations exactes de l’homme, que les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste et de la DGSI cherchent à établir.
Que sait-on du suspect ?
Âgé de 39 ans, il a été interpellé à Coignières peu après les tirs et placé en garde à vue ; il est entendu au commissariat de Saint-Quentin-en-Yvelines. Selon une source proche du dossier, il était connu des services de police mais pas des services de renseignement. En matière terroriste, la garde à vue peut durer jusqu’à 96 heures, et même 144 heures en cas de menace imminente, avant une éventuelle présentation à un juge d’instruction. Il reste présumé innocent tant qu’il n’a pas été jugé, et nous ne publions pas son identité.
Comment réagissent les élus locaux ?
Lors de sa prise de parole devant l’hôtel de ville, le maire de Trappes, Ali Rabeh, a parlé d’une première tentative de crime de masse à caractère raciste et, selon lui, probablement islamophobe, en s’appuyant sur le profil des victimes touchées dans sa commune. Il a mis en cause les discours qui stigmatisent une partie de la population et a salué le courage des forces de l’ordre, qui ont selon lui empêché un bilan plus lourd. Emmanuel Macron a dit sa profonde émotion sur X et assuré que la nation se tenait aux côtés des victimes.
Quelle aide pour les habitants ?
La préfecture des Yvelines annonce que les deux postes d’urgence médico-psychologique ouverts vendredi à la mairie de Trappes et à celle de La Verrière rouvriront samedi de 9 heures à 17 heures, pour accueillir les témoins de l’attaque. Toute personne choquée par ce qu’elle a vu ou entendu peut s’y présenter, sans rendez-vous.
Cette attaque survient à la veille d’une journée de manifestations sous très haute surveillance dans tout le pays, pour laquelle le gouvernement a annoncé 70 000 policiers et gendarmes mobilisés samedi 24 octobre. Nous mettrons cet article à jour au fil de l’enquête.
Sources : franceinfo, Le Figaro, Paris Match, AFP, préfecture des Yvelines, communiqué du parquet national antiterroriste.
Retrouvez Ouelen en priorité dans les « À la une » de Google.
Ajouter Ouelen à mes sources préférées sur Google (nouvel onglet)