Au Sénégal, le budget rectificatif 2026 a été rejeté une deuxième fois en commission vendredi 30 octobre, et il sera soumis en l’état au vote des députés mardi 3 novembre : de ce vote dépend un programme du FMI de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Le parti Pastef d’Ousmane Sonko, qui détient 130 des 165 sièges, juge les réponses du gouvernement « insuffisantes ». Les Échos évoquent désormais un risque de défaut de paiement.
Les chiffres du dossier
- Aide du FMI négociée : 2,2 milliards de dollars sur trois ans, accord conclu le 1er septembre mais pas encore approuvé par le conseil d’administration du Fonds (AFP via Africa Radio).
- Dette publique : 132 % du PIB fin 2024.
- Déficit 2026 prévu par le texte : 1 735,2 milliards de francs CFA, soit 7,6 % du PIB, contre 5,4 % prévu au départ.
- Croissance 2026 : révisée de 5 % à 2,7 %.
- Subventions à l’énergie : 790,3 milliards de francs CFA.
- Vote en séance : mardi 3 novembre, selon RFI.
Ce qui s’est passé vendredi
La commission des finances de l’Assemblée nationale sénégalaise a de nouveau rejeté le projet de loi de finances rectificative, après une séance d’environ quatre heures, selon Points Chauds qui s’appuie sur RFI et la presse dakaroise. Deux amendements du gouvernement ont aussi été rejetés. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, avait déjà retiré le texte de la séance plénière le 27 octobre pour le renvoyer en commission.
Dans un communiqué cité par La Vie sénégalaise, le ministère de l’Économie et des Finances « prend acte » de ce deuxième rejet. Il affirme avoir répondu en détail, le 30 octobre, à un mémorandum des députés reçu le 26 octobre, notamment sur les subventions à l’énergie et les bourses de sécurité familiale. Il relève aussi qu’aucun amendement ni aucune contre-proposition n’ont été formulés par la commission.
Ce que reproche le Pastef
Le groupe Pastef-Les Patriotes conteste la sincérité des chiffres du déficit et de la dette, l’efficacité des mesures pour le pouvoir d’achat et les choix sur l’investissement public. Il réclame plusieurs documents, dont un rapport du cabinet Forvis Mazars et celui de l’Inspection générale des finances sur la dette non financière. Il dénonce environ 555 milliards de francs CFA de coupes dans le logement, la santé et les écoles, selon le quotidien EnQuête+ cité par Points Chauds. Le groupe se dit toutefois « ouvert » au dialogue.
Ce bras de fer est d’abord politique. Depuis la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, devenu président de l’Assemblée, le Pastef refuse de participer au gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô.
Ce qui se passe si le texte est rejeté mardi
En cas de nouveau rejet, la loi de finances initiale resterait en vigueur, sans les mesures négociées avec le FMI qui conditionnent le versement du programme, selon Points Chauds. Le gouvernement prévient qu’un retard pourrait repousser à 2027 certains appuis budgétaires et financements de projets. Le ministère parle aussi de « tensions sur la trésorerie de l’État » et de répercussions possibles sur les dépenses prioritaires.
Le site sénégalais SenePlus souligne un risque régional : une partie de la dette sénégalaise est empruntée sur le marché de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui partage le franc CFA avec sept autres pays. Si Dakar devait s’y financer davantage, la pression s’étendrait aux voisins. Le projet de budget 2027 cité par SenePlus prévoit un besoin de financement de 6 608,7 milliards de francs CFA, pour 6 012,1 milliards de recettes.
Pourquoi ça concerne aussi la France
Le Sénégal est l’un des principaux partenaires de la France en Afrique de l’Ouest, et le franc CFA d’Afrique de l’Ouest est arrimé à l’euro avec la garantie du Trésor français. Une crise de financement à Dakar pourrait donc peser sur la stabilité de toute la zone, où de nombreuses entreprises françaises sont présentes.
Ce qu’Ouelen a vérifié
La date du deuxième rejet (30 octobre) et la réaction du ministère sont confirmées par deux sources sénégalaises concordantes. Les montants (déficit, croissance, subventions) viennent du projet de loi tel que rapporté par la presse, pas du document officiel, que nous n’avons pas pu consulter. Le montant de l’aide du FMI et la dette à 132 % du PIB viennent de l’AFP. L’issue du vote de mardi n’est pas connue, et le FMI ne s’est pas exprimé publiquement sur ce rejet à l’heure de la publication.
Sources : Points Chauds, La Vie sénégalaise, RFI, AFP via Africa Radio, SenePlus, Les Échos.
Photo d’illustration : Photowalk / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
