Des milliers de manifestants se sont rassemblés ce dimanche 1er novembre au Ramlila Maidan, à New Delhi, pour réclamer la démission du chef de la Commission électorale indienne, Gyanesh Kumar, accusé par l’opposition d’avoir laissé rayer des millions d’électeurs des listes électorales. Le cortège était mené par Rahul Gandhi, chef du Parti du Congrès, selon CNBC (Reuters) et l’agence Anadolu.
C’est la plus grande démonstration de force d’un mouvement qui dure depuis fin septembre. Ce qui est confirmé, ce qui ne l’est pas, et pourquoi cette crise compte pour la plus grande démocratie du monde.
Ce qu’il faut retenir
- Où et quand : Ramlila Maidan, New Delhi, dimanche 1er novembre, après une marche depuis le centre de la capitale.
- Qui : l’alliance d’opposition INDIA (plus d’une douzaine de partis, selon Anadolu), des organisations étudiantes et un mouvement de jeunes, le Cockroach Janta Party.
- Pourquoi : la révision des listes électorales a retiré plus de 130 millions de noms, selon The Guardian.
- La revendication : la démission de Gyanesh Kumar, chef de la Commission électorale.
- Prochain scrutin national : 2029.
Ce que conteste l’opposition
La Commission électorale a mené une « révision intensive spéciale » (SIR) des listes dans plusieurs États. Selon The Guardian, l’opération, commencée l’an dernier, a retiré plus de 130 millions de noms, dont 28 millions de personnes décédées, 63 millions ayant déménagé et 30 millions introuvables. Plus que la population du Japon, souligne CNBC.
L’opposition affirme que ces radiations touchent de façon disproportionnée les électeurs musulmans et d’autres minorités, peu enclins à voter pour le BJP, le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi. La Commission électorale dément favoriser un parti et assure que les électeurs rayés à tort peuvent se réinscrire.
La contestation est née en septembre, quand le quotidien Indian Express a rapporté que les deux adjoints de Gyanesh Kumar avaient exprimé en interne des inquiétudes sur la révision des listes, les procédures d’inscription et les systèmes numériques, rappellent The Guardian et Anadolu.
Ce qui a été dit au Ramlila Maidan
Devant la foule, Rahul Gandhi a affirmé que Gyanesh Kumar serait démis de ses fonctions et finirait en prison, selon la Deutsche Welle. Il a aussi soutenu que 15 % des électeurs indiens avaient été rayés depuis le scrutin de 2024 : un chiffre que la DW précise ne pas avoir pu vérifier de façon indépendante.
Le pouvoir a répliqué aussitôt. Le ministre de la Santé et cadre du BJP, Jagat Prakash Nadda, a parlé d’un « complot » visant à plonger le pays dans l’anarchie, selon l’agence ANI citée par CNBC. Le ministre de l’Intérieur, Amit Shah, a reproché au Congrès d’avoir choisi la date anniversaire des émeutes anti-sikhs de 1984, survenues après l’assassinat d’Indira Gandhi, la grand-mère de Rahul Gandhi. Le BJP organisait sa propre marche dans l’ouest de Delhi en mémoire des victimes, rapporte la DW.
Une crise sérieuse, mais pas une menace immédiate pour Modi
Pour les analystes cités par CNBC et The Guardian, la contestation et la progression de l’opposition forment la pire crise pour Narendra Modi depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Mais son gouvernement reste stable, et les prochaines élections générales n’auront lieu qu’en 2029. L’alliance INDIA a annoncé de nouvelles manifestations, selon Anadolu.
Cette mobilisation menée en partie par des jeunes fait écho à d’autres mouvements récents, comme en Allemagne (notre article sur « GenZ regelt »), même si les revendications sont différentes.
Confirmé / pas confirmé
- Confirmé : le rassemblement de milliers de personnes au Ramlila Maidan, la revendication de démission, le chiffre global de plus de 130 millions de noms retirés (The Guardian).
- Contesté : le ciblage des minorités, affirmé par l’opposition, rejeté par la Commission et le BJP.
- Non vérifié : les 15 % d’électeurs rayés avancés par Rahul Gandhi ; le nombre exact de participants (l’opposition annonçait des centaines de milliers de personnes, les agences parlent de milliers).
Ce qu’Ouelen a vérifié : nous avons croisé les dépêches de Reuters (via CNBC), d’Anadolu, de The Guardian et de la Deutsche Welle. Toutes décrivent une foule de plusieurs milliers de personnes ; aucune source indépendante ne donne de chiffre précis de participation.
Sources : CNBC (Reuters), The Guardian, Deutsche Welle, Anadolu.
Photo d’illustration : Hemant banswal / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
