Rima Hassan refoulée d’Israël : Retour sur un incident médiatisé
Le 24 février 2025, Rima Hassan, eurodéputée française d’origine palestinienne affiliée à La France insoumise (LFI), a été refoulée à son arrivée à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Membre d’une délégation du Parlement européen visant à rencontrer des responsables de l’Autorité palestinienne, elle s’est vu refuser l’entrée sur le territoire israélien par décision du ministre de l’Intérieur, Moshe Arbel. Cette interdiction, qui a également touché Lynn Boylan, présidente irlandaise de la délégation EU-Palestine, a provoqué une onde de choc médiatique et politique, ravivant les tensions autour des positions pro-palestiniennes de Hassan et de son parti.
Contexte de la visite : Une délégation sous tension
Rima Hassan, 32 ans, née dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie et naturalisée française, est une figure montante de LFI depuis son élection au Parlement européen en juin 2024. Juriste de formation, elle s’est distinguée par son militantisme pro-palestinien, ses critiques virulentes d’Israël, et son soutien à des mesures comme le boycott économique de l’État hébreu. Sa visite en Israël, prévue dans le cadre d’une mission officielle avec la délégation EU-Palestine, visait à évaluer la situation humanitaire en Cisjordanie et à rencontrer des acteurs locaux.
Le timing de cette visite était particulièrement sensible : le même jour, le Conseil d’association UE-Israël se réunissait à Bruxelles, avec la présence du ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar. Alors que les relations entre l’UE et Israël sont tendues par la guerre à Gaza et les pressions de pays comme l’Irlande et l’Espagne pour suspendre l’accord d’association, la décision de refouler Hassan et Boylan a été perçue comme un signal politique fort.
Les raisons officielles du refoulement
Le ministre de l’Intérieur israélien, Moshe Arbel, a justifié l’interdiction d’entrée à l’encontre de Rima Hassan par son historique de déclarations et d’actions hostiles à Israël. Dans un communiqué, il a affirmé qu’elle avait « constamment œuvré à promouvoir des boycotts contre Israël et tenu de nombreuses déclarations publiques, tant sur les réseaux sociaux que dans les médias, contre le pays ». Le ministère des Affaires de la Diaspora, dirigé par Amichai Chikli, avait recommandé cette mesure drastique, arguant qu’Israël n’avait pas à accueillir des responsables étrangers cherchant à le délégitimer.
Cette décision s’appuie sur une loi israélienne de 2017, qui autorise le refoulement de personnes soutenant publiquement le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), perçu par Israël comme une attaque contre sa légitimité. Hassan, connue pour ses prises de position radicales, notamment son soutien à la « résistance armée palestinienne » et ses accusations de « génocide » à Gaza, correspondait pleinement à ce profil. Lynn Boylan, bien que moins médiatisée, partage des vues critiques similaires et a appelé à des sanctions contre Israël, ce qui a conduit à son refoulement conjoint.
Les faits : Chronologie d’un refoulement annoncé
Le 24 février, Rima Hassan décolle de Bruxelles à bord d’un vol Brussels Airlines, atterrissant à Ben Gourion vers 15h15 heure locale (14h15 CET). À peine débarquée, elle est interceptée par les autorités israéliennes, qui lui notifient son interdiction d’entrée. Après une attente de moins d’une heure, elle est renvoyée à Bruxelles sur un vol retour décollant à 16h10. Selon des sources proches de l’incident, elle aurait lancé aux douaniers : « Au plaisir de ne plus jamais vous revoir », une phrase relayée par certains médias comme une provocation finale.
La rapidité de cette expulsion – moins de deux heures sur le sol israélien – témoigne d’une décision préméditée. Dès son départ de Bruxelles, le ministère de l’Intérieur avait diffusé un communiqué annonçant son refoulement, suggérant que les autorités israéliennes suivaient de près ses déplacements. Cette anticipation reflète également l’intensité des controverses entourant Hassan, qui avait déjà fait l’objet d’une surveillance en raison de ses prises de position.
Réactions immédiates : Soutiens et indignations
En France, LFI a dénoncé un acte d’un « État voyou ». Thomas Portes, député LFI, a tweeté : « Une fois de plus, Israël se comporte comme un État criminel en refusant une délégation européenne. Nous ne baisserons jamais les yeux face aux criminels de guerre israéliens. » À l’inverse, des voix pro-israéliennes ont salué la fermeté de l’État hébreu. Sur X, des utilisateurs ont écrit : « Jamais Israël ne laissera les porte-parole du Hamas fouler son territoire », en référence aux accusations récurrentes liant Hassan à une légitimation des actions du Hamas.
À l’échelle européenne, Lynn Boylan a qualifié l’incident de « mépris total » d’Israël pour la communauté internationale, appelant l’UE à réagir. Cependant, aucune sanction immédiate n’a été annoncée, et le Conseil d’association s’est poursuivi sans aborder publiquement l’affaire.
Victimisation présumée : Une stratégie après les menaces sur X ?
Suite à son refoulement, Rima Hassan a repris la parole sur X, où elle a partagé des captures d’écran de messages menaçants reçus avant et après l’incident. Parmi ceux-ci : « Tu vas te faire assassiner à force de soutenir des terroristes » ou « Fais attention à toi aujourd’hui, je t’ai prévenue ». Ces tweets, accompagnés de commentaires dénonçant un « acharnement » contre elle, ont alimenté un narratif de victimisation qui mérite d’être examiné à la lumière de son historique de déclarations hostiles à Israël.
Un passif de provocations documenté
Rima Hassan n’est pas une novice en matière de controverses. Depuis son émergence médiatique en 2023, elle a multiplié les déclarations incendiaires. En novembre 2023, elle écrivait sur X : « From the river to the sea, on veut libérer tous les Palestiniens », une formule interprétée par certains comme un appel à la destruction d’Israël. En janvier 2024, dans une interview au média Le Crayon, elle répondait « vrai » à la question « Le Hamas mène-t-il une action légitime ? », bien qu’elle ait ensuite dénoncé un montage hors contexte. Plus récemment, en décembre 2024, elle affirmait que « tout Franco-Palestinien doit pouvoir rejoindre la résistance armée palestinienne », une position qui a suscité des accusations d’apologie du terrorisme.
Ces propos, bien qu’ils puissent être défendus comme une critique légitime de l’occupation israélienne dans certains cercles, ont un effet polarisant. Ils ont valu à Hassan des convocations par la police française pour « apologie du terrorisme » et une plainte de l’Organisation juive européenne. Dans ce contexte, les menaces qu’elle reçoit, aussi abjectes soient-elles, ne sont pas surprenantes : elles reflètent la virulence des débats autour du conflit israélo-palestinien.
Une victimisation calculée ?
L’argument selon lequel Hassan se victimise repose sur une lecture critique de sa stratégie médiatique. En mettant en avant ces menaces, elle renforce son image de martyre de la cause palestinienne, une posture qui mobilise ses soutiens tout en détournant l’attention de ses propres déclarations controversées. Par exemple, après sa convocation par la police en avril 2024, elle avait dénoncé une « campagne d’intimidation » orchestrée par des « lobbyistes pro-israéliens », sans jamais reconnaître que ses mots pouvaient légitimement choquer ou inquiéter.
Cette rhétorique de victimisation semble paradoxale : une personnalité publique qui multiplie les provocations – qualifiant Israël de « régime génocidaire » ou légitimant des groupes armés – ne peut feindre l’étonnement face aux réactions hostiles. Si les menaces sont condamnables, elles ne sauraient absoudre Hassan de la responsabilité de ses paroles, qui alimentent un climat de tension autant qu’elles le subissent.
Le tweet sur le sacrifice palestinien : Un appel au terrorisme ?
Parmi les déclarations récentes de Rima Hassan, un tweet daté de janvier 2025 a particulièrement retenu l’attention : « Des générations de Palestiniens sont prêtes à se sacrifier pour leur terre, et c’est leur droit face à l’oppression coloniale. » Cette phrase, prononcée dans le contexte de la guerre à Gaza et des négociations de cessez-le-feu, a été largement interprétée comme une glorification implicite de la violence armée, voire un appel au terrorisme.
Analyse du propos
Le terme « sacrifice » dans le contexte palestinien évoque souvent les attentats-suicides ou les affrontements armés contre Israël, notamment ceux menés par des groupes comme le Hamas ou le Jihad islamique, classés comme terroristes par l’UE et la France. En liant ce sacrifice à un « droit » face à l’« oppression coloniale », Hassan semble légitimer des actes violents comme une forme de résistance. Cette ambiguïté est d’autant plus problématique qu’elle fait écho à ses déclarations passées sur la « résistance armée ».
Pour ses détracteurs, ce tweet n’est pas une simple expression de solidarité : il s’apparente à une incitation à la violence, voire à une apologie du martyre, incompatible avec les responsabilités d’une élue européenne. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a d’ailleurs réagi en soulignant que « les groupes revendiquant la résistance armée palestinienne sont des organisations terroristes reconnues comme telles par l’UE ».
Une défense fragile
Face aux critiques, Hassan a argué que son tweet visait à saluer la résilience des Palestiniens face à l’occupation, et non à encourager le terrorisme. Elle a accusé ses adversaires de « malhonnêteté » et de chercher à la « faire taire ». Pourtant, cette défense peine à convaincre : dans un climat où chaque mot est scruté, une eurodéputée ne peut ignorer l’impact d’une telle formulation. En refusant de clarifier ou de condamner explicitement la violence armée, elle laisse planer un doute qui renforce les soupçons à son encontre.
Une figure clivante dans un conflit complexe
Le refoulement de Rima Hassan d’Israël le 24 février 2025 n’est que le dernier chapitre d’une saga marquée par des provocations, des controverses et une polarisation extrême. Si son interdiction d’entrée reflète la fermeté d’Israël face à ses critiques, elle met aussi en lumière les limites de sa stratégie : en cherchant à incarner une voix radicale pour la Palestine, Hassan s’expose à des réactions tout aussi radicales, qu’il s’agisse de menaces ou de mesures comme celle-ci.
Sa victimisation présumée, amplifiée par les menaces relayées sur X, apparaît comme une tentative de retourner la situation à son avantage, mais elle ne peut effacer la responsabilité de ses propos hostiles. Quant à son tweet sur le sacrifice palestinien, il illustre les dangers d’une rhétorique ambiguë, qui, volontairement ou non, flirte avec l’apologie de la violence. Dans un conflit aussi sensible, la nuance est une exigence, et Rima Hassan semble encore loin de l’incarner.
Alors que cette affaire continue de faire débat, elle interroge autant la liberté d’expression que les limites de l’engagement politique dans une Europe divisée sur la question israélo-palestinienne. Les prochains mois diront si Hassan parviendra à transformer cette crise en levier pour sa cause – ou si elle restera prisonnière de ses propres excès.













