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Steve Bannon et le prétendu « salut nazi » à la CPAC 2025 : une polémique grotesque et mal fondée

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22 février 2025
Mis à jour à 9h05 CET – Temps de lecture : 5 min

Depuis son discours enflammé à la Conservative Political Action Conference (CPAC) le 20 février 2025, Steve Bannon, figure controversée de la droite américaine, est au cœur d’une tempête médiatique. Un geste – un bras tendu en fin de discours – a été immédiatement qualifié de « salut nazi » par certains observateurs et médias. Mais cette accusation tient-elle vraiment la route ? Entre raccourcis hâtifs et mécompréhension de l’idéologie de Bannon, cette polémique semble surtout révéler une hystérie collective plutôt qu’une analyse sérieuse. Décryptage.

Que s’est-il passé à la CPAC ?

Lors de son intervention à Oxon Hill, Maryland, Steve Bannon a conclu un discours combatif appelant à « ne pas battre en retraite » face à l’establishment. À la fin, il a levé le bras droit, paume vers le bas, dans un geste qui a suscité une standing ovation de la foule conservatrice. Immédiatement, des publications sur X et des articles, comme ceux de France TV Info ou Le Parisien, ont crié au « salut nazi », provoquant un tollé mondial et poussant Jordan Bardella, leader du RN, à annuler son propre discours prévu le lendemain.

Mais Bannon lui-même a balayé cette interprétation dans une interview accordée à Le Point le 21 février 2025 : « Ce n’était pas un salut nazi, c’était un salut à la foule réunie pour l’occasion. J’ai fait exactement le même geste il y a sept ans au congrès du Front National à Lille en 2018, et personne n’a hurlé au nazisme à l’époque. » Il a ajouté, avec son franc-parler habituel : « Si Bardella annule pour ça, il n’a pas les épaules pour diriger la France. C’est un petit garçon, pas un homme. »

Un « salut nazi » ou un geste mal interprété ?

Qualifier ce mouvement de « salut nazi » repose sur une association visuelle simpliste : un bras tendu = Hitler. Pourtant, le contexte et l’intention comptent. Bannon, connu pour ses provocations, n’a jamais été filmé en train de hurler « Heil » ou de promouvoir des thèses raciales proprement nazies. Son geste ressemble davantage à un salut théâtral, un clin d’œil à la foule, qu’à une référence au IIIe Reich. D’ailleurs, comme il l’a souligné, il a reproduit ce même mouvement en 2018 devant le FN (devenu RN) sans que personne ne s’en offusque à l’époque.

Sur X, des utilisateurs ont ironisé sur cette surinterprétation. Un internaute a écrit : « Bannon fait un coucou un peu raide et voilà qu’on appelle Indiana Jones pour fouiller les archives nazies. Ridicule. » Même Nick Fuentes, figure d’extrême droite controversée, a qualifié le geste de « salut romain » tout en plaisant sur son propre inconfort face à l’exagération.

L’idéologie de Bannon : populisme, pas nazisme

Associer Steve Bannon au nazisme est non seulement exagéré, mais aussi intellectuellement paresseux. Le nazisme, doctrine totalitaire reposant sur le racialisme biologique et l’antisémitisme obsessionnel, n’a rien à voir avec l’idéologie de Bannon. Cet ancien stratège de Trump est un populiste radical, un nationaliste économique qui prône la souveraineté des nations et une guerre culturelle contre les élites mondialistes. Dans son discours à la CPAC, il a appelé à « détruire l’establishment » et à « préserver la civilisation occidentale », des thèmes récurrents dans sa rhétorique, mais qui ne mentionnent ni race ni génocide.

Historiquement, Bannon a même critiqué les dérives extrémistes qui flirtent avec le nazisme. En 2017, alors qu’il dirigeait Breitbart, il avait dénoncé les néo-nazis de Charlottesville dans une interview au Weekly Standard, déclarant : « Ces types sont des clowns, des losers. Ils n’ont rien à voir avec notre mouvement. » Plus récemment, dans un podcast de 2023, il a qualifié l’idéologie nazie de « perversion anti-humaine », la distinguant de son propre combat pour le « pouvoir du peuple ».

Une polémique qui arrange ses détracteurs

Alors, pourquoi ce tollé ? La réponse est simple : Bannon cristallise les peurs de la gauche et des médias mainstream. En faire un nazi, c’est une manière commode de discréditer son influence sans débattre de ses idées. La réaction de Jordan Bardella, qui a fui la CPAC pour ne pas être « associé » à ce geste, illustre cette panique. Pourtant, Bannon n’a pas changé de discours ni de gestuelle depuis des années – ce sont les projecteurs qui se braquent différemment.

Sur X, un partisan de Bannon a résumé l’absurde : « Le mec fait un signe à la foule, et maintenant on le compare à Goebbels. Pendant ce temps, personne ne parle de son vrai message : démolir les élites. C’est ça qui les terrifie. »

une tempête dans un verre d’eau

Le « salut nazi » de Steve Bannon à la CPAC 2025 n’en est pas un. C’est un geste maladroit ou provocateur, certes, mais loin de porter l’ADN idéologique du nazisme. Les faits sont têtus : Bannon n’a jamais prôné la suprématie aryenne, ni l’antisémitisme systématique, et a même condamné les néo-nazis par le passé. Cette polémique, amplifiée par une couverture médiatique sensationnaliste, ridiculise plus ses accusateurs que l’homme lui-même. Pendant ce temps, le vrai débat – ses idées populistes et leur impact – passe à la trappe. Dommage.

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