Qui a bridé l’accès de l’armée ukrainienne au réseau satellitaire de SpaceX ? La question, au cœur d’une crise entre Kiev et Washington depuis le début de la semaine, a reçu vendredi 16 octobre 2026 une nouvelle réponse, contradictoire avec les précédentes. Interrogé par des journalistes à Washington, Donald Trump a affirmé : « Je ne sais pas si c’est quelqu’un, parce que ce n’était pas moi, et je ne pense pas que c’était Elon. » Et d’ajouter : « D’après ce que je comprends, c’est la même chose que d’habitude », selon des propos rapportés par la chaîne américaine CNBC.
Une limite de vitesse qui a désorganisé des missions
Dans la nuit du 13 au 14 octobre, les forces ukrainiennes ont constaté une restriction inédite sur Starshield, la version militaire du service Starlink : les terminaux se déplaçant à plus de 160 km/h environ perdent la connexion. Or ces équipements servent notamment au guidage des drones et aux communications protégées du brouillage russe. « Nos forces armées n’ont pas été prévenues de ces restrictions, ce qui a conduit à l’échec d’un certain nombre de missions », a écrit sur Telegram Serhii Beskrestnov, conseiller du président Volodymyr Zelensky.
Mercredi, Elon Musk avait rejeté la responsabilité sur Washington : « Les systèmes Starshield sont détenus et contrôlés par le gouvernement américain », avait-il écrit sur X, ajoutant que toute limitation était décidée par l’armée et, « en fin de compte », par le président.
Des informations de presse qui pointent la Maison-Blanche
La version présidentielle se heurte à plusieurs enquêtes. Jeudi, l’agence Reuters, citant deux responsables américains et un responsable occidental, a affirmé que des personnes « au sein de la Maison-Blanche » avaient demandé au Pentagone d’imposer ces restrictions, sans identifier l’auteur de l’instruction ; un haut responsable a assuré que Donald Trump n’avait pas personnellement donné l’ordre. Vendredi, le quotidien britannique The Telegraph a rapporté qu’Elon Musk aurait lui-même suggéré au président de ralentir Starlink en Ukraine. Ni SpaceX ni son patron n’avaient réagi vendredi soir à ces informations.
Le contexte politique pèse lourd : le 10 octobre, après que Donald Trump a demandé à Kiev de cesser ses frappes contre les raffineries russes, Elon Musk avait estimé sur X que « Zelensky est allé trop loin ».
Les Européens inquiets de leur dépendance
L’affaire a fait réagir jusqu’à Varsovie, qui finance une partie des terminaux Starlink utilisés par l’Ukraine. « Êtes-vous encore en train de faire de la politique avec vos produits ? En tant que clients européens, nous vous observons », a lancé sur X le vice-Premier ministre polonais Radosław Sikorski à l’adresse d’Elon Musk. Au sommet européen de Bruxelles, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a reconnu que « Starlink est vraiment indispensable pour l’Ukraine » et que l’Europe ne pouvait pas « remplacer cette capacité à court terme ».
SpaceX entre Bourse et lancements
La polémique intervient dans une semaine chargée pour l’entreprise. Selon CNBC, l’action SpaceX a reculé d’environ 11 % sur la semaine, avant la publication de ses résultats trimestriels prévue mardi 20 octobre. Sur le plan opérationnel, une fusée Falcon 9 a décollé dans la nuit de jeudi à vendredi (vendredi vers 2 heures, heure de Paris) de la base de Vandenberg, en Californie, pour la mission classifiée USSF-481 de la Space Force américaine. Le premier étage, qui effectuait son 28e vol, s’est posé sur la barge « Of Course I Still Love You » ; il s’agissait de la 114e mission Falcon 9 de l’année, selon le site Space.com.
Sources : CNBC, Reuters et The Telegraph (cités par CNBC et Forbes), Le Figaro, Space.com.






